Le aussi un effet de réel. « les yeux

Le Nouveau Roman est un mouvement littéraire apparut au XXème siècle, en rupture avec le roman traditionnel. Les nouveaux romanciers, dont Marguerite Duras, tentent de renouveler les codes du genre romanesque. Ainsi, ils rejettent la notion de héros, renonce à la linéarité du récit et remettent en question l’intrigue traditionnelle.
L’extrait que nous devions étudier est l’incipit de L’Amant, un roman autobiographique français, écrit par Marguerite Duras, une écrivaine, scénariste et réalisatrice du XXème siècle. Ce roman, appartenant au mouvement du Nouveau roman et publié en 1984, connaît un énorme succès et reçoit le prix Goncourt la même année. L’Amant est un récit de l’adolescence de l’auteur en Indochine française, dans les années 20 et surtout de sa rencontre avec son amant chinois. Le thème principal de ce roman est l’amour impossible entre deux personnages avec une différence d’âge importante, un milieu social différent ainsi qu’une origine ethnique différente. 
Dans cet incipit, le personnage principal rencontre un homme qui l’amène à faire une description de son visage. 
Nous verrons, dans ce commentaire, en quoi cet incipit bouleverse, chez le lecteur, la représentation qu’il se fait du personnage romanesque. 
Dans un premier temps, nous étudierons l’incipit d’un autoportrait qui est réaliste et rétrospectif puis dans un second temps, nous analyserons la distance critique qui permet le renouvellement du personnage romanesque.

Dans un premier temps, nous allons étudier l’incipit réaliste et rétrospectif de cet autoportrait, plus particulièrement l’approche factuelle de la vieillesse et le bouleversement de la chronologie du récit. 

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Tout d’abord, l’approche factuelle de la vieillesse, dans cet incipit, se fait par une description qui est sans jugement, sans interprétation, sans affect. le narrateur ne s’en tient qu’aux faits, pour cela il utilise des phrases simples et brèves pour parler de son vieillissement. « À dix-huit ans j’ai vieilli. » ligne 13, « Ce vieillissement a été brutal. » ligne 16. Il nous présente les faits tels qu’ils sont. De plus, l’énumération du changement de chaque partie de son visage est présentée telle un constat, ce qui donne aussi un effet de réel. « les yeux plus grands, le regard plus triste, la bouche plus définitive, marquer le front de cassures profondes » ligne 17-19, pareil pour son visage « J’ai un visage lacéré de rides sèches et profondes, à la peau cassée. » ligne 26. 
Ainsi, nous avons l’impression que cela ne le touche pas, comme si la vieillesse est inévitable donc que ce soit à dix-huit ans ou plus tard, il s’agit de la même chose. Nous pouvons le voir grâce aux lignes 19 « au contraire d’en être effrayée » 21-22 « un jour il se ralentirait et qu’il prendrait son cours normal ». Par les phrases « À dix-huit ans j’ai vieilli. Je ne sais pas si c’est tout le monde, je n’ai jamais demandé. » ligne 13-14, le narrateur donne aussi l’impression que son vieillissement prématuré ne l’a jamais inquiété, concerné ou angoissé.

Ensuite, nous allons étudier le bouleversement de la chronologie du récit. Tout au long du récit, le narrateur alterne entre les temps du passé et le présent. « Un jour, j’étais âgée déjà » ligne 1, « Je pense souvent à cette image » ligne 7, « il a été trop tard » ligne 11, « je ne sais pas » ligne 13, « Il me semble » ligne 14, « Je l’ai vu » ligne 16, « Je savais aussi » ligne 21, « les gens qui m’avaient connu » ligne 22, « J’ai un visage détruit » ligne 28. Cette alternance bouleverse la chronologie du récit qui devient donc non linéaire. L’utilisation du présent est un moyen pour le narrateur de faire un commentaire, une remarque sur son passé. « Je pense souvent à cette image que je suis seule à voir » ligne 7, « Je ne sais pas si c’est tout le monde » ligne 13, « Je savais aussi que je ne me trompais pas » ligne 21. 
Cette rétrospectif, le moment des évènements étant antérieur au moment de l’énonciation, implique une distance critique, un certain détachement de la part du narrateur.
« Il a vieilli encore bien sûr, mais relativement moins qu’il n’aurait dû. » ligne 25-26, « J’ai un visage détruit. » ligne 28.

Dans un second temps, nous allons parler du fait que la distance critique permet le renouvellement du personnage romanesque, plus particulièrement d’un narrateur personnage omniscient qui dresse un portrait physique surprenant et de la nouvelle perception du protagoniste romanesque. 

Tout d’abord, le narrateur, qui est personnage et omniscient, dresse un portrait physique surprenant. Le statut du narrateur est intérieur au récit, nous pouvons le voir grâce à l’emploi de la première personne du singulier « Je » ligne 7, « dans ma vie » ligne 11. Ce narrateur est personnage mais il est aussi omniscient car l’utilisation du présent est un moyen pour lui de faire un commentaire sur son passé. « cette image que je suis seule à voir … celle qui me plaît de moi-même, celle où je me reconnais, où je m’enchante » ligne 7-10. 
Le narrateur dresse un portrait surprenant car il nous décrit le physique qu’il avait durant sa jeunesse mais il décrit le portrait d’une personne déjà vieille. « mon visage est parti dans une direction imprévue. À dix-huit j’ai vieilli. » ligne 12-13. De plus, lorsque le narrateur parle de son visage, nous avons l’impression qu’il parle d’un objet, d’une chose; comme si ce visage ne lui appartenait pas, ce qui est surprenant « Ce visage-là, nouveau, je l’ai gardé » ligne 24. Mais cette description de la vieillesse est aussi surprenante parce que le lecteur s’attend à ce que le narrateur se valorise, utilise des adjectifs mélioratifs mais au contraire il décrit la réalité telle qu’elle est. « gagner mes traits un à un » ligne 16-17, « les yeux plus grands, le regard plus triste, la bouche plus définitive » ligne 17-18, « un visage lacéré de rides sèches et profondes » ligne 26.

Ensuite, nous allons étudier la perception nouvelle du protagoniste romanesque. D’habitude, dans les romans traditionnels, le personnage principal, le héros est mis en valeur, valorisé. Ce héros est aussi vertueux, exemplaire, il doit être un modèle avec des valeurs dont le      lecteur peut s’identifier. Mais dans cet incipit, le personnage principal n’a rien de vertueux, n’est pas mis en valeur, « J’ai un visage détruit » ligne 28. Le lecteur ne sait rien de lui hormis le fait qu’il ait vieilli alors qu’il est encore jeune. « À dix-huit j’ai vieilli. » ligne 13. La description physique du héros n’a aussi rien de valorisant, ce sont juste les faits, la réalité et est faite telle une approche médicale. « les yeux plus grands » ligne 17, « la bouche plus définitive » ligne 18, « marquer le front de cassures profondes » ligne  18-19, « visage lacéré de rides sèches et profondes » ligne 26.
Cette nouvelle manière de décrire le protagoniste est un rejet de la notion de héros du roman traditionnel. Et ceci est l’une des caractéristiques du mouvement littéraire nommé Nouveau Roman, qui remet en cause le roman traditionnel. 

Pour conclure, Marguerite Duras décrit, dans cet incipit, la vieillesse du personnage principal de manière factuelle, réaliste mais cette description est aussi surprenante et donc rompt les habitudes que le lecteur a du protagoniste des romans traditionnels. De plus, la chronologie du récit a été bouleversée par une alternance entre des temps du passé et le présent. Ces changements dans la chronologie du récit et dans la perception du personnage de roman font partie d’un courant littéraire appelé Nouveau Roman.
Nous pouvons faire un parallèle avec le film Hiroshima, mon amour sorti en en 1959, réalisé par Alain Resnais et écrit par Marguerite Duras. Ce film raconte l’histoire d’une actrice française qui va au Japon et qui rencontre un japonais qui deviendra son amant. Ce film, comme le livre l’Amant reprend le thème de l’amour. Ces deux histoires ont aussi plusieurs similitudes dont une femme qui rencontre un homme dans un autre pays qui deviendra par la suite son amant.